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Chris Sharma "Golpe de estado" 9b !!
La voie à un développer de 40 mètres avec un départ de 20m en 9a. Pour rejoindre les 20m de "Estado Critico" recoté à 9a depuis qu'un autrichien à cassé une prise en haut de la ligne.
Source :www.triaylaurent.com
Chris Omprakash Sharma, né le 23 avril 1981, est très renommé pour son caractère hautement spirituel et sa philosophie de l'escalade. Il utilise souvent des techniques de visualisation et de méditation avant de tenter des essais dans des voies ou des blocs particulièrement difficiles, et investit beaucoup de sa propre personne dans ses projets, passant parfois des semaines voire des mois à faire des essais avant la réalisation de l'ascension (voir Realization et Es Pontas).
Chris Sharma préfère une escalade dynamique "acrobatique" avec des prises éloignées mais bien nettes plutôt que des petites prises ou des fissures délicates. Il dispose d'un talent unique pour utiliser son élan et sa poigne pour réussir des mouvements ambitieux, tels que des jetés ou des mouvements en no-foot, parfois même en sautant des prises difficiles dans l'enchaînement. Il excelle dans des voies réunissant puissance, technique créative et précision des mouvements.
Il est également très connu pour ses qualités de bloqueur, et s'est dernièrement investi dans le deep-water solo, qui combine les éléments des deux disciplines : la hauteur, plus grande, des voies, mais sans la contrainte d'une corde ou d'un baudrier utilisant l'eau pour unique protection.
Comme il le décrit lui-même :
"(...) tous les éléments sont présents. La pierre, l'air lorsque tu chutes, l'eau et le feu à l'intérieur."1.
Fitz Cahall et le magazine Climbing ont eu la gentillesse de nous autoriser à traduire et à publier en français l'interview fleuve de Chris Sharma qu'ils ont réalisée pour la sortie de King Lines.
The King of Kings (Le Roi des Rois). Par Fitz Cahall *
Dans le monde de l’escalade, où les stars apparaissent aussi vite qu’elles disparaissent, dix ans est une éternité. Des chevilles se tordent, des épaules se luxent, des doigts s’artrosent. Et les rares grimpeurs talentueux qui ne se blessent pas finissent toujours par craquer sous la pression mentale. S’engager dans des projets aux limites de ses capacités physiques et mentales signifie une exposition constante à la réalité de l’échec.
Nombreux sont les grimpeurs qui craquent, séparant les charlatans aux doigts d’acier de ceux dont c’est la raison de vivre. Régnant sur tous, Chris Sharma, 26 ans, un athlète doté d’une même ténacité physique et mentale, domine la pratique de l’escalade sportive et du bloc depuis une douzaine d’années.
En juillet dernier, six ans après son ascension historique de Biographie/Realisation – le premier 9a+ confirmé au monde – Sharma est retourné à Ceüse pour faire la croix d’un autre monstre, Three Degrees of Separation, réalisé le 23 juillet.
Ce 9a s’acquiert après une ascensions sur des tuffs et des micro prises jusqu’à une série de trois jetés spectaculaires. Une ligne hyper dynamique qu’un grimpeur français a qualifié ainsi : « C’est moderne ! ». Pour quelqu’un qui a passé les dix dernières années de sa vie sur la route, le trip à Ceüse fût comme le retour aux origines. Son pote Dave Graham qui fût le premier américain à répéter Biographie/Realisation le 30 juillet, était là tout comme Ethan Pringle.
Pendant ce temps, le photographe habituel de Chris, Corey Rich, préparait un reportage sur l’ascension de Sharma et le réalisateur Josh Lowell mettait la dernière touche à son film King Lines (Le film a été diffusé pour la première fois en août dernier dans une salle bondée de Salt Lake City et a reçu un accueil délirant). L’année passée, Lowell et Peter Mortimer avaient déjà propulsé Sharma sous les feux de la rampe des médias américains quand leur documentaire sur « Es Pontas », un solo au dessus de la mer sur l’île de Mayorque, avait été diffusé sur NBC. Avec une telle exposition aux médias, garder profile bas fût presque impossible pour Sharma et l’anonymat sera difficile à retrouver.
Le film de Lowell « King Lines » parle de Sharma. Perché sur une gigantesque falaise grise dominant les eaux bleues, Sharma commence par grimper sur des prises qui n’existent même pas pour beaucoup d’entre nous, observant puis enchaînant les mouvements. Il y a quelque chose de gracieux et de barbare dans l’escalade de Sharma. Il combine le plaisir de jouer d’un enfant avec des cris féroces qui forcent le respect et incitent à aller un peu plus haut, un peu plus loin.
Ces 12 derniers mois ont sans doute été les plus productifs pour Sharma. Il a décroché la seconde ascension de La Rambla Directe (9a+), a fait du 8b+ à vue à Rodellar et ouvert Es Pontas. Chaque voie semble être un entraînement pour la prochaine. Même en tant qu’ « ancien » auto proclamé de l’escalade, Sharma continue de penser qu’il n’a pas atteint son maximum.
"Tout est question de trouver une ligne qui m’inspire," dit-il d’une voie tranquille. "Je ne suis pas du genre à m’entraîner pour que dans trois mois je sois assez fort pour faire telle voie. Je travaille directement dans la voie quitte à l’essayer un million de fois. L’entraînement se fait dans la voie." _Ce genre d’approche nécessite un style de vie nomade dont les destinations sont dictées par les températures et les saisons. Entre deux vols transatlantiques, il vit avec un petit sac à dos et pose son duvet par terre chez ses amis.
"Ca peut paraître un cliché, mais dans le cas de Chris, sa maison c’est la route," raconte son photographe et ami Rich. "Peu lui importe où il dort ou ce qu’il mange. Il n’a pas de régime strict d’entraînement. Ce n’est certainement pas un athlète professionnel dans la norme. C’est assez incroyable qu’il ait pu maintenir cela.
Ces dix dernières années, on a vu Sharma passer du statut de prodige à celui de roi incontestable de l’escalade. C’est un rôle qui semble parfois en contradiction avec son attitude humble. Aujourd’hui, Sharma apprécie sa vie de globe trotter, mais envisage le futur avec un peu plus de stabilité.
Cet automne il envisage de s’installer à Mayorque pour être plus proche des célèbres falaises de calcaire européennes et des solos futuristes au dessus des eaux turquoises de la Méditerranée.
Nous avons attrapé Sharma suffisamment de temps pour parler de la vie avec la célébrité, du fil ténu entre le possible et l’impossible et de sa bataille pour trouver l’équilibre dans un road trip sans fin.
Quel était l’objet de ton trip à Ceüse l’été dernier?
Nous voulions filmer un peu plus pour King Lines. On s’était réunis pour discuter de là où nous pouvions aller. C’était l’été donc il était difficile de trouver de la fraîcheur ou un endroit pour faire des voies dures, mais à Ceüse c’est la meilleure période de l’année. Je savais qu’il y avait quelques projets. J’ai proposé à Josh et à Corey. J’avais essayé cette ligne il y a six ans. Elle avait été équipée par Arnaud Petit. Je me rappelle l’avoir essayée. Elle avait un gros jeté.
Quand je suis monté cette fois, j’ai vu que la ligne la plus pure pouvait se faire avec un départ direct. Arnaud avait une sorte de traversée jusqu’au jeté sur une ligne de trous de droite à gauche. Si tu vas tout droit, ça passe par ce superbe tuff dans cette petite face et va ensuite direct aux jetés. Donc j’y suis retourné pour rééquiper toute la ligne et pour l’essayer. En allant là bas je n’avais aucun projet. Je voulais juste essayer de nouvelles voies sur un mur spectaculaire. Cela s’est finalement avéré être une ligne plutôt remarquable. Les mouvements étaient tellement incroyables. C’est tellement unique. Il y a tellement peu de voies qui ont autant de jetés et même l’escalade jusqu’aux jetés est remarquable.
Il y a six ans tu enchaînais Biographie/Realisation . La même équipe était présente. Tu as apprécié d’être de retour avec la même équipe ?
Nous étions avec Dave et Ethan Pringle. Nous étions tous là. C’était vraiment cool.
Evidemment tu as passé pas mal de temps à Ceüse au fil du temps. Qu’est ce qui rend cet endroit spécial ? Pourquoi y reviens tu toujours ?
Il y a cette incroyable falaise calcaire avec des prises. Il y a une bonne approche. C’est toute l’expérience de la marche et de l’escalade. Je m’y sens bien et affuté. La falaise elle même a ces incroyables coulées bleues et se situe au sommet de la montagne. Il y a ces lignes qui sont presque impossibles et toutes ces classiques du 7 au 9a+. Il y a tout ce potentiel futuriste pour des projets difficiles.
Tu as trouvé d’autres choses pendant que tu y étais?
Oui, j’ai équipé une autre ligne à gauche de Biographie/Realisation . C’est plutôt dur. Un peu trop dur, pour le moment vraiment trop dur pour moi.
Depuis combien de temps es-tu sur la route?
Environ 10 ans
Peux tu encore dire que tu as un chez toi?
J’ai une petite maison à Santa Cruz avec mon amie.
Toute personne qui passe beaucoup de temps sur la route doit être léger. Qu’il y a t-il habituellement dans ton sac ?
J’ai une voiture en Europe avec tout mon matos et une voiture ici (Etats-Unis) avec la même chose. Donc j’ai une corde, des dégaines, un baudrier et quelques fringues. Je peux faire un petit sac et partir pour l’Europe. J’ai la voiture garée chez un ami. Très souvent je navigue entre aéroports et hôtels avec juste mon petit sac. Oh, et une brosse à dents.
As tu du mal à garder ton envie de voyager ? Tu perds l’envie ?
Pour moi c’est comme cela. Je passe par des moments où je suis plus motivé que d’autres. C’est naturel. Je ne pense pas que je puisse être motivé tout le temps. Ca fait partie de mon mode de vie. Je fais cela depuis si longtemps que je suis assez bien habitué à ça. C’est parfois difficile mais je le sais.
J’ai plein d’amis un peu partout dans le monde. Quand je suis quelque part, je peux rester chez un pote. Le plus dur c’est quand tu es dans un aéroport ou en transit. Quand tu voyages en avion, ou en bus, ou que tu dors dans cinq endroits différents en cinq jours, c’est usant c’est sûr. C’est agréable d’avoir un endroit pour se poser un peu. C’est complètement dépendant de la température, de l’époque de l’année, de l’endroit où se trouve le prochain projet.
Tu prévois des voyages ?
Cette année je serais aux Etats Unis en octobre et ensuite je vais essayer de vivre un peu en Espagne. Juste essayer de se poser là bas. Je voyage sans arrêt depuis tellement longtemps que je vais apprécier d’avoir une maison et de me poser un peu.
Pour moi ça a toujours été un problème à Santa Cruz, d’où je viens, car il n’y a pas vraiment de possibilité de grimper. J’aime y être à cause du climat, de l’océan, mais il n’y a rien à grimper. Pour moi Mayorque est un endroit parfait parce qu’il y a la mer et un potentiel de grimpe de fous. Etre en Europe en général c’est être dans un endroit central. Tellement de cultures. On y parle beaucoup de langues. Tu es juste en plein milieu de tout ce mélange. J’ai prévu de passer plus de temps là bas dorénavant. Je vais continuer de voyager mais je pense que j’ai besoin d’un chez moi. C’est usant si tu n’as pas cela. Ca fait dix ans que je fais cela, cette fois je veux essayer quelque chose de différent.
Ca sera à Mayorque?
Oui. J’y suis allé 11 fois. Je m’y sens déjà comme chez moi.
Qu’est ce qui fait que tu as toujours envie de voyager pour grimper?
C’est juste d’être dans un nouvel endroit. Rencontrer des nouvelles personnes d’autres régions. Parler de nouvelles langues. Partir à l’aventure et être spontané. Tu ne sais jamais ce qui va se passer. Tu rencontres quelqu’un et tu finis par rester chez lui. C’est également grimper dans des endroits exotiques. Explorer le monde.
Combien il y a t’il de King Lines à ton avis? Penses-tu que c’est une quête que tu vas poursuivre?
Il doit y avoir une infinité de king lines. Autant qu’il y a de falaises. Une King Line symbolise une chose pour moi. Pour d’autre cela peut être différent. C’est quelque chose qui me motive et qui m’inspire. Pour moi, j’ai cette opportunité d’explorer le monde à un niveau général et de trouver la ligne qui m’inspire. D’autres personnes peuvent ne pas avoir cette opportunité de voyage, mais ils trouveront cette ligne sur leur falaise. C’est une ligne qui t’appelle. Ce n’est peut être pas une ligne superbe comme celle de Ceüse, mais c’est une ligne qui t’invite à progresser. Pour moi c’est quelque chose qui pousse mon escalade dans un autre niveau et c’est une belle ligne. C’est la même mentalité pour tout le monde je pense. J’ai sans doute un haut niveau d’exigence car j’ai la chance de passer ma vie dans les meilleurs endroits du monde.
Mais je me rappelle de mes début en tant que gamin sur les rochers de Castle Rock. Je voulais juste explorer et trouver le meilleur problème au monde.
Tu te souviens de chacun des problèmes?
Non, je veux dire que c’est l’attitude. C’était un ensemble de différents passage de blocs. Tous les jours tu vas trouver quelque chose de nouveau. C’est le plaisir de l’exploration. Trouver la ligne et ensuite la faire exister.
Je suis curieux – tu as la passion de l’exploration. Est-ce une recherche intérieure pour trouver en toi-même ?
Certainement : tu essayes un projet durant des mois et cela requiert une énorme quantité de détermination et de concentration. Tu essayes quelque chose qui est au delà de ton niveau et cela nécessite de s’y consacrer énormément. C’est dans ces moments là que je me sens le mieux. J’ai l’impression de vivre ce pourquoi je vis. Si j’ai un projet qui me motive réellement, tout est parfaitement clair. Il n’y a pas de doute sur ce que je devrais faire ou pas. Tout est évident. Je suis en train d’essayer un projet. C’est pour cela que je suis là. J’ai besoin de trouver des choses qui me poussent physiquement et mentalement à mon maximum. Les projets sont vraiment psychologiques. J’apprends beaucoup durant ces journées.
Quand tu n’as pas une voie qui occupe tes pensées, as tu du mal à savoir ce que tu devrais faire et où tu devrais être ?
Pour moi c’est ainsi. J’ai toujours couru après ces lignes autour du monde. Cela me donne un équilibre et un objectif. Sans cela, je suis sans repère. Je n’ai rien à quoi me rattacher. Quand j’ai un projet, c’est un repère. Cela me donne un objectif. Quand je réalise un gros projet, je suis très excité puis l’excitation se calme et alors je ne sais plus quoi faire. Je suis comme perdu.
J’ai des amis qui sont allés à l’université. Ils m’ont dit avoir la même sensation. Ils ont passé leur vie entière à étudier et d’un seul coup tout s’arrête. Ils peuvent faire plein de choses mais ils ne savent pas quoi faire. J’ai toujours l’impression de dériver, je suis toujours en train de chercher où je devrais être. C’est agréable d’avoir ces projets. Tout paraît si clair. Il n’y a pas de question à se poser.
Quelles ont été les King Lines des générations précédentes ? Quelles sont celles qui t’ont inspiré ?
Les voies qui m’ont inspiré… Just Do It à Smith Rock, c’était clairement une King Line. C’était une belle grosse et difficile ligne. Necessary Evil à Virgin River. Super Tweak. C’était des king lines. En terme de bloc, Midnight Lightning, Thriller, The Force sont des sources d’inspiration. C’était des grosses lignes, highball. C’était des blocs avec une grosse valeur.
Il y a plus de dix ans, quand tu es apparu sur la scène, beaucoup des grimpeurs de l’ancienne génération étaient un peu critiques. Ils disaient que tu ne savais pas poser tes pieds et que tu ne t’entraînais pas. Revenant sur ces articles, il y a une chose qui est clair c’est qu’il y avait une sorte de jalousie. Ces grimpeurs ou ceux qui ont rédigé ces articles voyaient que tu avais une sorte de don. Mentalement et physiquement tu avais un potentiel incroyable ; à 14 ou 15 ans, étiqueté pour le futur, ressentais-tu la pression.
Je n’ai jamais vraiment ressenti la pression. L’escalade a toujours été un plaisir. C’est un jeu. Grimper est une expression du bonheur. Quand je suis inspiré, j’ai l’impression que tout est possible. Je grimperais sur n’importe quoi. Si j’ai pas l’influx je ne bouge même pas. C’est dur pour moi de m’auto discipliner si je n’ai pas un projet. Je ne me suis jamais entraîné. Tout est question de trouver une ligne qui m’inspire, aller dedans et l’essayer autant de fois qu’il le faut. L’entraînement se fait dans la voie. C’est vraiment dur pour moi de m’entraîner pour que je sois fort dans deux mois. Je veux aller directement dans la voie et l’essayer un million de fois.
Je n’ai jamais ressenti la pression de vivre avec un gros potentiel jusque récemment. Je n’ai jamais pris l’escalade au sérieux. Jusque récemment je n’avais jamais pensé à ce genre de chose. Quand tu es jeune tu ne penses jamais au jour où tu ne seras plus aussi fort. J’ai toujours le sentiment d’avoir du potentiel. J’ai 26 ans et j’ai commencé à me rendre compte que le temps n’était pas infini. Je suis plus motivé pour pousser mes limites à un niveau personnel. Pour réaliser mon potentiel en tant que grimpeur. Chaque escalade m’enseigne quelque chose que je peux utiliser et combiner avec d’autres voies. Je peux construire là dessus pour trouver le nouveau projet extrême. C’est un processus d’apprentissage sans fin et d’amélioration des voies. Ce n’est pas quelque chsoe qui va s’arrêter. Ce n’est pas quelque chose qui va être résolu. Cela va aller jusqu’au moment où je ne serai plus capable de faire les voies les plus dures du monde.
Boone Speed et Ron Kauk, ont établi les standards de difficulté de l’escalade aux Etats Unis. Ils faisaient du 8b+ et définissaient ce qui était possible. Je les ai vu et cela m’a fait prendre conscience de ce qui était faisable. C’est ce qui est si dur dans les premières ascensions, tu n’es jamais complètement sur que c’est réalisable. Tu dois visualiser pour concrétiser. Donc actuellement j’essaye de pousser les limites le plus loin possible pour que les nouvelles générations puissent se baser là dessus. Afin qu’ils puissent pousser encore un peu plus les limites. C’est ainsi que l’escalade évolue.
Depuis que tu as commence à réaliser que le temps était compté, commences-tu à sentir tes 26 ans ?
Oui, je fatigue plus qu’avant. Je dois mieux m’échauffer qu’auparavant, mais honnêtement je continue de sentir que je progresse. Par rapport à il y a 8 ans je ne sais pas bien la progression que j’ai eue, peut être étais-je plus fort, mais je n’avais pas la même expérience. Il y a beaucoup de physique mais pour moi c’est vraiment mental. La motivation est la chose la plus importante. Ou au moins aussi importante que l’endurance et la force. Etre capable de se concentrer, de dire que c’est ça que je veux faire et de faire en sorte de le faire. Il serait facile de se laisser porter et de faire quelques voies qui ont déjà été faites et se faire plaisir sans forcer, sans chercher plus.
Es-tu en train de devenir un vétéran usé ?
Je ne sais pas, mais c’est clair qu'en compétition ou durant les masters pros, ces gamins sont nettement meilleurs que moi pour pas mal de trucs, mais par exemple le quatrième bloc que j’ai fait et qu’ils n’ont pas pu faire était un peu plus technique, bizarre, comme de l’escalade naturelle et je suis bon à ça. J’ai encore un long chemin à parcourir avant d’être un vieux vétéran. J’ai encore des choses à apprendre.
Tiger Woods, Michael Jordan, ou Kelly Slater. Ce sont tous des gars qui ont change leur sport, qui ont redéfini ce qui était possible. Tu as eu le même incroyable impact dans ton sport. Tous ont cet instinct de tueur. Cette volonté inépuisable. Quand tu t’encordes, il est clair que la même chose se produit. Tu es quelqu’un de posé, mais quand tu mets un baudrier, tu es transformé. Qu’est ce qui change?
Je ne sais pas. C’est juste de l’escalade. J’aime ça. Quand je suis motivé, c’est comme si… je sais pas vraiment l’expliquer. Je deviens clairement plus agressif, sûrement plus intense que ma personnalité.
Quand tu fais des voies dures, il faut se battre. Il n’y a pas de voies faciles. Tu dois donner tout ce que tu as. Tu dois devenir animal. Quand je suis complètement daubé je dois crier pour tenir. Je me rappelle avoir vu Boone Speed en train de crier dans ses voies. Ca m’avait impressionné. C’est comme un art martial. Quand Bruce lee donne un coup, il a besoin de faire Haahhh! (simulant un coup de karaté). Comme cela. Quand tu fais un mouvement difficile, il y a cet excès d’énergie que tu dois laisser sortir. Tu fais exploser l’air en dehors de toi.
Après Biographie/Realisation, rien ne t’attirait vraiment. Tu as écrit que tu envisageait d’arrêter l’escalade. Si tu ne grimpais pas, que ferais-tu.
Au moment où j’ai écrit cet article, j’étais très branché par la philosophie orientale et la méditation. Je contemplais ces achèvements matériels. Je me demandais ce que cela signifiait. Gravir une paroi – pour quoi faire ? Je n’avais pas fait beaucoup d’autres choses dans ma vie. Une partie de moi voulait expérimenter autre chose. Essayer d’autres choses.
Pour moi aujourd’hui, je ressens que l’escalade est une partie de moi-même. C’est ma façon de m’exprimer. Ma façon d’être dans le monde. Dans le passé je me suis posé beaucoup de questions. Maintenant c’est évident. Voilà ce que je suis. Je suis beaucoup plus conscient de cela maintenant. Je pense à la chance que j’ai d’être aidé par toutes ces entreprises et en réalité par la communauté des grimpeurs qui supporte ces entreprises. J’ai conscience de la chance que j’ai d’être supporté par tout le monde pour vivre cette vie, pour voyager autour du monde, et pour essayer de repousser les barrières de l’escalade. J’ai vraiment confiance dans mon chemin pour traverser la vie, mais dans le passé, oui, quand j’ai enchaîné Biographie/Realisation ce fût un moment fort et j’ai dû travailler très dur pour cela, et après ce fût comme si il n’y avait plus rien d’autre. Actuellement l’escalade est une chose sans fin. Il y a toujours des manières d’évoluer avec. Il y aura toujours quelque chose de plus dur.
A quel moment une ascension devient-elle trop difficile ? A quel moment es-ce que cela devient impossible ?
Eh bien par exemple tu prends la voie que j’ai équipée à Ceüse et dont j’ai dit que c’était trop dur. Il y avait six mouvements d’un coup dans lesquels je pouvais à peine me mettre. Je pouvais seulement me passer de la corde durant une seconde ou deux. Six mouvements comme cela. Je peux dire que c’était trop dur pour moi mais je peux me pendre sur toutes les prises donc théoriquement si je peux me pendre sur les prises je devrais pouvoir faire les mouvements. C’est possible. Peut être pas pour moi, mais Biographie/Realization fût équipé 15 ans avant que je l’enchaîne et c’est possible. Peut être que dans 15 ans un gamin ira dans la voie et la fera. Ce sera le niveau supérieur. Peut être 5.16/9b. Je ne sais pas.
En clair, c’est la limite. Tu dois au moins être en mesure de te pendre sur les prises. Il doit y avoir assez de prises pour ce pendre dessus. Si c’est un V14 (8B+) enchaîné avec un V14 (8B+) c’est possible. C’est juste une question de temps pour que quelqu’un puisse l’enchaîner. Peut être pas de mon temps.
Etant donné que cette ligne à Ceüse a attiré ton attention, y penses-tu ?
Pas trop. Je suis plus concentré sur le projet que j’ai à Clark Mountain.
Est-ce que ce projet a un nom?
Pas pour le moment
Cela fait six ans que tu as fait la première ascension de Biographie/Realisation . La seconde ascension américaine vient seulement d’être faite par Dave Graham Beaucoup des meilleurs grimpeurs de la planète ont essayé tes autres voies. Ethan Pringle a essayé Es Pontas et dit qu’il n’est pas sûr qu’il pourra un jour le faire. Pourquoi penses-tu qu’il y ait cet écart entre toi et les autres grimpeurs forts ?
Chacun est à un certain degrés de progression. J’ai eu la chance de commencer tôt. Je ne sais pas. Je ne fais qu’aller dans les voies qui m’inspirent. Je pense pas vraiment à cela. Il y a plein de grimpeurs forts qui arrivent. Ce gamin, Adam Ondra est très fort. David Lama aussi. Il y a plein de monde qui arrive dans cette activité en ce moment qui vont faire des choses encore plus folles.
C’est une question d’inspiration, de trouver la ligne.
Il y a plus d’articles et de vidéo sur toi que sur n’importe quel autre grimpeur. Qu’est ce qui fait cet intérêt ?
Comme je l’ai dit précédemment, j’apprécie vraiment d’être supporté par la communauté des grimpeurs. D’être dans la position de pouvoir repousser les limites à un niveau global. Je me suis habitué au côté bizarre d’être connu dans le milieu de la grimpe. Avant ça déclenchait quelque chose en moi que j’avais du mal à gérer, mais maintenant je l’accepte. C’est ma vie, ma façon de participer à la société. J’essaye juste de faire ce qui me motive. C’est agréable de partager mes expériences au travers des films que nous avons fait.
Est-ce que tu te sens une rock star par certains aspects ?
Je peux vraiment pas me plaindre. J’ai vraiment une vie fantastique, tout n’est pas parfait mais je suis très chanceux.
Que penses tu des espagnoles?
(rires) Uh. Je sais pas man… No comment.
Liens relatifs
Vidéo complète : King Lines
Vidéo : Chris Sharma dans La Rambla 9a+
Vidéo de Chris Sharma dans Es Pontas 9b
Photos : Joakimel Anhari/kairn.com, DesnivelPress, Anna Piunova/Mountain.ru, Evrard Wendenbaum
Réalisations notables :
Necessary Evil (8c/5.14c, ouverture en 1997)
The Mandala (8a+/V12, ouverture en 1999)
Realization (8c/5.14c, ouverture en 2001)
Dreamtime (8b+/V14). D'après Dave Graham, seuls quatre grimpeurs ont réalisé des ascensions naturelles avant que certaines prises n'aient été retaillées : Bernd Zangerl, Fred Nicole,Chris Sharma et lui-même.
Unendliche Geschichte (8b+, ouverture en 2003), alias Histoire sans fin sur le bloc Bach à Averstal, en Suisse.Au 12 août 2006, ce bloc a été répété par Julius Westphal (2003) et Kilian Fishhuber (12 août 2006)
Witness the Fitness (ouverture en mars 2005), dans les Monts Ozark, Arkansas. Il s'agit d'un bloc en toit, comme Esperanza (V14, Hueco Tanks, Texas, ouverture par Fred Nicole). Chris Sharma a répété Esperanza et considère Witness the Fitness comme un bloc plus difficile.
Dreamcatcher (5.14c ouverture le 23 septembre 2005). Cette voie est située sur la paroi Cacodemon Rock à côté de The Chief à Squamish, British Columbia, au Canada. Elle a été équipée par Chris Sharma et Sonnie Trotter durant l'été 2005 juste avant le Petzl/Arc’Teryx Rock trip à Squamish. Une ambiguïté existe quant à sa cotation : en 2005, après son ouverture, Sharma dit que la voie est "probablement 14c ou 14d" (8c ou 9a), bien que la voie soit maintenant largement considérée comme 5.14d/9a vraisemblablement parce qu'elle est cotée comme telle dans la seule vidéo de son ouverture, Dosage Vol. IV.
Es Pontas (ouverture le 28 septembre 2006). Un "projet en arche" de Deep-water solo à Majorque. Il y a une voie de Deep-water solo (Lock, Stock & Two Smocking Barrels) dans le film Dosage Vol.II, tentée par Klem Loskot et Tim Emmett. Sharma a de suite été attiré par ce jeté, bien que sa réussite lui ait demandé une cinquantaine de tentatives. Cette voie pourrait être 5.15b/9b considérant le temps nécessaire à Sharma pour répéter La Rambla, considérée comme 9a+/5.15a. Dans une interview pour le site 8a.nu lui demandant si ce projet majorquin pouvait être 9b, Sharma affirme "c'est comparable (physiquement) à un 9a mais vous avez peut-être raison avec votre suggestion... le stress avant le jeté... on verra bien."
La Rambla Original (9a+/5.15a, deuxième répétition le 1er décembre 2006) à Siurana, Espagne. La voie a été ouverte par Ramon Julian Puigblanque en 2003. La première répétition a été réalisée par Edu Marin, la veille de celle de Sharma.
Jumbo Love (9b/5.15b, première ascension le 11 septembre 2008) à Clark Mountain aux Etats-Unis. Ce projet futuriste avait été ouvert par Randy Leavitt il y a dix ans. Pensant qu'il était réalisable, il avait posé initialement quelques points et convoqué Chris pour qu'il vienne l'essayer. Sharma a alors terminé l'équipement, et décidé de laisser ce challenge en une seule longueur gigantesque, alors que Leavitt avait prévu 3 longueurs. Après d'innombrables séances de travail, et de retour d'Espagne plus affuté que jamais, Chris s'est ré-attelé au projet et a réussi la voie à l'été 2008.Cette voie annoncée à 9b est un dévers de plus de 75 mètres. %-)
Lien d'un groupe de Ska du même nom ... : Golpe de estado






Commentaires
Je m’incline devant les personnalités tellement fortes et leurs réalisations gardant une empreinte de la rage aussi que de l’intellectualité. Bonne continuation, Sharma !