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Tough Enough suite

tough enoughOn rembobine et on recommence ! Nous voilà de retour de...Madagascar.

En juin dernier Stéphanie Bodet, Sylvain Millet, Laurent Triay et Arnaud Petit étaient passés tout près de libérer la totalité des longueurs de cette voie superlative : Quatre des cinq longueurs estimées à 8c (et non encore enchaînées) par François Legrand en 2007 avaient été réussies. Seul Gecko, l'avant dernière longueur de la voie, une dalle presque verticale de 50 mètres avait résisté à l'équipe. Arnaud et Stéphanie sont retournés à Madagascar début septembre pour terminer leur projet et découvrir les falaises calcaire du nord de l'île. Et cette fois, Arnaud a réussi Gecko, 8b+.

Ça nous a fait un peu drôle de retrouver la vallée du Tsaranoro et ses habitants. Le paysage était simplement plus sec et l'ambiance plus torride encore. Des conditions de grimpe difficiles pour Arnaud qui est malgré tout parvenu à enchaîner Gecko, la longueur qui nous manquait. La voie est désormais totalement libérée.

Plus d'info sur : "Vagabon de la vertical"

topo tough enough Yosemite Africain 6ème longueur 8a+ très impressionante ! Redpoint crux

Tough Enough 8a+ Sylvain Millet Leiri agirre - Tsarasoa Ambiance

Sud du Parc National Andringitra à Madagascar.

Camp Catta est une structure d'accueil et d'hébergement de type « écolodge ».
Les conditions de séjour sont idéales offrant la diversité du camping au lodge, avec possibilité de restauration assurée par le personnel de Camp Catta.
Parcours de blocs à quelques minutes du Camp, au cœur de la Forêt sacrée du Tsaranoro.

Infos utiles pour le Sud :
Pour le Sud et les parois du Tsaranoro, la meilleur période est celle comprise entre Mars et Décembre, sachant que les intersaisons sont les plus favorables (printemps et automnes).

De Juin à Septembre, les vêtements chauds ne sont pas de trop : Camp Catta est tout de même situé à 900m d'altitude.

Pour se rendre au Camp Catta, une fois arrivé à Tana, prendre le Taxi Brousse jusqu'a Fianarantsoa :10h de trajet environ (compter 15 Euros). Aller a l'hotel Cotsoyannis a Fianarantsoa qui effectue les transferts au camp (4h) pour environ 20 Euros en 4*4.

A noter enfin que le Camp Catta est un super spot de parapente pendant les intersaisons. Il est possible de louer une voile sur place mais, pour les accros, mieux vaut emmener son matos.

Texte : Mathieu Delacroix (NewSea Roc ) et David Jonglez

La vision du caméléon

Par Gilles Sansig

tsaranoroÀ mi-chemin de l’Afrique et de l’Asie, existe un continent intact, sillonné de pistes rouges Un pays pour retrouver le goût de l’aventure sur les chemins de l’étrange. Souvent difficile d’accès, le centre de Madagascar fait partie de ces lieux rares où l’exploration est encore possible. Sur les reliefs lunaires des hauts plateaux, le caméléon sorti cuirassé de la préhistoire observe avec détachement le monde des morts.

Le bloc où je me suis arrêté est posé en équilibre, comme des dizaines d'autres, sur une pente couverte de palmiers et de fougères arborescentes entremêlées de lianes ; ici la végétation est d'un autre âge. Le soleil va bientôt disparaître derrière le Karambony de l'autre côté de la vallée du Sahamanbo. L'ombre a déjà envahi les pâturages des zébus et les villageois quittent leurs champs. Personne ici ne se risquerait à rester dehors après le couchant. Ces hauts plateaux austères et somptueux au relief lunaire abritent autant de légendes que d'interdits. Les sommets qui entourent les hameaux Bara sont considérés comme le séjour des morts. Je bénéficie d'un sursis de lumière au royaume des morts. Au pied de la face ouest du Dondy, mon balcon, domine l'ensemble du massif de l'Andrigintra. Le coucher du soleil sera panoramique ce soir. Sabine me rejoint, elle vient d'installer son sac de couchage sous un grand bloc de granit recouvert de forêt. Une caverne, où nous serons à l'abri du vent et des esprits malins. Ramali, notre porteur s'est installé autour d'un petit feu juste à l'entrée de la cavité. Issu d'un village à 3 heures de marche en contrebas, il préfère rester avec nous, plutôt que de risquer de ne pas être rentré chez lui avant la nuit. J’ai déjà eu l’occasion d’observer ce comportement en Indonésie et en Himalaya. Il semble qu’une peur ancestrale de l’obscurité subsiste chez des peuples de culture totalement différente mais restés très proches de la nature. Une peur qui remonte à l’origine de l’homme voire même plus loin.

“Notre mémoire remonte peut-être beaucoup plus loin que notre propre existence, que l’existence même de notre espèce. Quels enregistrements infiniment lointains se dissimulent dans nos chromosomes et nos gènes ? “
Pauwels et Bergier, Le matin des magiciens.

À quelques mètres au-dessus de nous, sur la première vire visible au centre de la face, une bande de lémuriens observe un humain s'exercer à des gestes qu' ils semblent parfaitement maîtriser pour atteindre leurs litières. En effet, « Gilou Coletta » se rétablit avec tout l'art d'un spécialiste sorti de la forêt de Fontainebleau, sur un bloc voisin afin de ne pas perdre une seconde du spectacle qui nous attend. Ce soir nous sommes à des milliers d'années de nos vies respectives, quelque part à l'aube de l'humanité. Peut-être avons-nous changé de planète ? Ou alors, un orage magnétique nous a fait basculé dans le passé. Non, mieux... Nous avons découvert un monde perdu. Les plantes sont issues des dessins qui représentaient la préhistoire dans mon enfance. Bien avant Jurassic parc, les illustrations des livres sur les dinosaures parus en général pour Noël donnaient une représentation réaliste de plantes et d’animaux extraordinaires.
En reconnaissance sur l'itinéraire que nous avons choisi pour demain, au milieu de ces plantes étranges, j'ai aperçu un caméléon minuscule. J'ai d'abord cru avoir affaire à une salamandre, mais lorsque je me suis approché de l'animal, ses yeux ont effectué une impressionnante rotation qui ne m’a pas laissé de doute sur l'identité de ce reptile emblématique.

“Avec ses yeux orientables, regardant derrière et devant, le caméléon peut voir en même temps le passé et l’avenir “, disent les malgaches.

Nous sommes bientôt envahis par l'obscurité, tout est allé très vite, derrière les grands murs du Tsaranoro disparaît le dernier rayon de la journée. Le vent s’est apaisé. Déjà, quelques points de lumière, minuscules, signalent le camp Catta très loin en contrebas, au pied du Karambony. Les journées sont courtes près de l’équateur, le soleil se lève vers 6 heures et se couche à 18 heures. Concentré sur notre objectif, je n'ai pas vu défiler les 3 heures et demie de marche entre notre camp de base et le bivouac.

Dans la traversée des champs de manioc et des rizières,  dans les villages puis dans la montée dans une ravine qui mène directement au replat oblique sous la face Ouest du Dondy, l'activité rencontrée contribue à la variété de paysages et d'ambiances. Véritable oasis de verdure au milieu des hautes herbes blondes, un couloir abrite ce qu'il reste de faune et de flore autour d'un mince filet d'eau qui coule vers la grande rivière au centre de la vallée.
Nous sommes tributaires d’un arrêt obligatoire d'une heure pour  filtrer l'eau d'une source que nous pensons être la plus proche de notre emplacement de bivouac. Une petite piscine naturelle est constamment alimentée par une eau claire et fraîche. Jungle ombragée au goût de paradis. Une première rencontre avec un lémurien qui croise tranquillement le sentier nous surprend tous lorsque nous déposons notre matériel sous le bloc spécialement aménagé par Christian et les ouvreurs du site. Une reconnaissance au pied de la voie afin de gagner du temps demain matin, puis la salade de riz d'Estelle et déjà  sonne le moment d'aller se coucher. Au réveil, nous attendent 1000 mètres d'escalade sur des piliers de granite qui semblent, malgré une inclinaison globalement favorable, bien hauts vu d'ici.
Le Dondy est une superbe pyramide, offerte au regard  depuis camp Catta. De l’autre coté de la vallée, sur la ligne de crête derrière laquelle s’élance l’astre solaire au petit matin. De longs éperons et couloirs envahis par une végétation très dense sont parcourus depuis longtemps par les autochtones.

Le contrefort de la face nord a quant a lui été remonté en 1995 par Kurt Albert et Bernd Arnold tandis que l’arête sud, d’aspect convivial, était remontée en 1998 par Benoît Robert et Michel Piola. Les révoltes du Dondy est pourtant un itinéraire déconseillé par les ouvreurs pour cause d’inextricables plantations de lichens et d’incroyables pustules de mousse recouvrant en entier  la masse de rocher solide. Piola parle d’escalade difficile sinon dangereuse. Par contre, Catta marrant, ouverte en 2 jours par Christian de la Roche, Sabine Schwendimann, Denis Burdet et Regis Dubois, en octobre 1999, propose plusieurs ressauts en 23 longueurs et 1000 mètres d’escalade sur un granite de rêve (d’après les auteurs). De plus la face ouest présente l’avantage certain de ne passer au soleil que vers 10 heures, ce qui nous laisse assez de temps pour nous trouver haut dans la face lorsque la chaleur rendra l’escalade pénible. Depuis quelques semaines, un second itinéraire vient d’être tracé par une équipe de polonais. Tato tato : 21 longueurs sur 1160 mètres qui présentent un engagement certain, car seuls 7 spits sont restés en place alors que la voie présente une difficulté moyenne en 6a.
Après un échec cinglant, hier sur Lemurian wall dans une longueur sévère, superbe au demeurant bien que très peu protégée, nous optons pour la sécurité toute relative d’un itinéraire déjà répété par deux fois. Christian de la Roche, le maître des lieux, rencontré à Fianarantsoa il y a quelques jours, nous a convaincu d’y poser nos chaussons. Nous serons donc la quatrième cordée à nous y lancer. Sur les immenses parois granitiques de l’Andringitra qui évoquent immanquablement les big walls du Yosemite, l’escalade implique un engagement sérieux et un effort de logistique, qui, loin de nous déplaire, dégage un parfum d’aventure.
Il y a un an, au pied du Half dome, je me sentais déjà écrasé par la masse énorme et déversante de la face au-dessus de ma tête, c'était mon premier « big wall » et, hanté par l'austérité du mur et les histoires d'ours, je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit-là. Tous les grimpeurs connaissent ces nuits sans sommeil qui caractérisent les veilles de course, nuits d’excitation teintées d’une légère angoisse, toujours la même : celle de ne pas être à la hauteur.

Soudain, des rires montent de la face. La lune presque pleine apparaît au-dessus du Dondy, immense, un peu comme un vaisseau spatial démesuré prêt à nous envahir. Le concert des lémuriens s’amplifie, accentuant l'atmosphère étranges des lieux. Eux aussi réagissent à l’astre lunaire. Lorsque je me glisse dans mon sac, Ramali est toujours près de son petit feu, assis, recouvert d'un drap ; il va veiller toute la nuit, somnolant sans jamais se coucher. Il entretiendra son foyer jusqu'à l'aube. Le feu crée une ambiance sensuelle et magique. Le charme du feu est ancré aux tréfonds de nous-mêmes. Du fond de notre cavité, je n’ai aucune peine à imaginer ce qu’était un campement primitif. Il y a 500 000 ans, le foyer faisait partie de la vie de camp de nos ancêtres. En des lieux si proches de celui où nous passons notre nuit, dans les collines avoisinantes du lac Turkana, des hominiens se tiennent serrés les uns contre les autres autour de leur feu. Les flammes, tout en tenant en respect les prédateurs, rapprochaient aussi les hommes, leur donnant l’occasion de raconter des histoires, de créer des mythes et des rituels, et de décider des activités du lendemain.
Le feu a un caractère mystique qui remonte à la nuit des temps. Les rires de nos amis installés a peine plus haut nous parviendront encore jusqu’au sommeil. Ces cris si semblables à nos rires sont à l’origine du nom de la voie, Christian me le confirmera plus tard.

Le jour n’est pas encore levé lorsque la montre de Gilles résonne dans notre grotte et me tire d’une douce léthargie. Le bruit de la forêt a cessé et il règne un silence profond. Se croyant surprise par un tyrannosaure, Sabine sursaute lorsque je la réveille. Ramali ne bouge pas et nous observe avaler debout un jus d’orange. Nous bouclons rapidement nos sacs à dos, afin de nous diriger vers l’attaque de la voie.
En quelques minutes, nous nous trouvons juste en dessous du premier ressaut qui mène directement à une large vire où, hier soir, se trouvaient nos six lémuriens joyeux. Deux spits sont visibles sur cette grande dalle inclinée. Ce matin, l’endroit semble complètement désert. En enfilant nos baudriers, nous assistons au lever du soleil en Technicolor sur le cirque du Tsaranoro juste en face. Un sentiment de plénitude m’envahit. J’aime ces grands espaces sauvages où la nature souveraine irradie ces ondes apaisantes. J’ai l’impression d’assister au premier matin du monde. La lumière rasante sur la vallée permet de distinguer chaque relief. J’ai un besoin vital de ce contact physique, sensoriel et spirituel. Les montagnes, les savanes, les forêts et les déserts sont autant de réservoirs de sagesse, de lucidité et d’équilibre.
L’action chasse ce qu’il reste encore d’anxiété, en déroulant la corde nous entrons dans la course. Gilles s’élance et gagne très vite de la hauteur sur la dalle de granit. Envahie de lichen, seule une étroite bande de rocher permet une escalade saine. 50 mètres plus loin, il saute le premier relais pour rejoindre sur un terrain plus facile, « la vire des cattas ».
Lorsque nous le rejoignions, j'aperçois de véritables litières dans la végétation, il n’y a pas de doute, l’endroit doit être fréquemment utilisé par les prosimiens. 3 longueurs de difficulté assez homogène dans le 6a parcourent un deuxième ressaut de bon granite. Quelques rares spits signalent un itinéraire assez logique, entre toutes sortes de plantations verticales plus ou moins piquantes.
Nos 50 mètres de corde ne suffisent pas pour atteindre le relais suivant et nous progressons le plus souvent en corde tendue. S’arrêtant tout de même a chaque relais pour faire le point et échanger le matériel qui se résume au plus simple : 2 dégaines par longueur. La température à cette heure matinale permet une progression très rapide. De plus, nous sommes tous les 3 extrêmement légers pour une ascension d’une telle ampleur. Nous avons chacun 1 litre d’eau et quelques mousquetons, rien d’autre si ce n’est une paire de basket pour les rappels. En effet, 1000 mètres de rappel peuvent sembler interminables dans des chaussons d’escalades toujours trop petits surtout que dans l’après-midi, le soleil sera de la partie : nous avons mesuré 55°C au soleil avant-hier, vers midi ! Au dixième relais, nous atteignons après deux longueurs faciles, une grande terrasse recouverte de broussaille. Nous agrippant sur d’effroyables pustules de mousse extra-terrestre, nous atteignons une deuxième terrasse encore plus large qui constitue le sommet du premier mur. Nous sommes à mi- parcours, il est 9 heures du matin et nous sommes toujours à l’ombre alors que toute la vallée en dessous de nous est déjà écrasée de soleil.
Il nous reste environ une heure de température clémente. Cela devrait suffire si nous gardons le même rythme à franchir le crux de l’itinéraire dans des conditions optimum. Nous ne faisons pas de pause malgré l’aspect bucolique des lieux. En effet, cette large terrasse recouverte de jungle est non sans rappeler le sommet du Roraima au Venezuela. Sir Conan Doyle y situait l’action de son roman “lost world” en 1912 car seulement découvert en 1884, ce massif était déjà ancien lors de la rupture du Gondwana. Isolé du reste de la surface terrestre durant 100 millions d’années ! Le géniteur de Sherlock Holmes avait spéculé sur la possible survie de quelques dinosaures sur ces plateaux aux confins de l’Amazonie. La chasse aux sauriens sera remise à plus tard car pour l’instant nos regards se portent plutôt vers le haut.
Un pilier bien marqué se distingue du grand mur qui nous domine. 4 longueurs dont 2 un peu plus techniques constituent les passages d’escalade les plus délicats. Le pilier d’abord couché se redresse après environ 100 mètres. Un spit placé trop bas ne protège en rien un pas d’équilibre précaire sur le fil du pilier.
L’ambiance est ahurissante et je ressens un grand moment de solitude lorsque je joue au funambule à 700 mètres du sol. Si la corde me préserve d’une chute importante, elle ne m’empêchera pas de m’écraser contre le pilier voisin. Au 16e relais, nous sommes rejoint par le soleil. Les 4 longueurs assez faciles qui mènent au sommet seront très vite avalées. Un granit de rêve laisse apparaître chaque prise comme par enchantement là où il faut. Dans un état d’euphorie complet, nous émergeons au sommet de l’univers, sur une petite terrasse depuis laquelle nous dominons tout l’Andrigintra. Spectacle unique et émouvant que cette vallée des merveilles au bout du monde. Eden oublié du monde. Lémuria, le continent mythique est à nos pieds. Il est 11 heures 30, nous avons effectué les milles mètres d’escalade en 5 heures et demie ! Il nous en faudra autant pour rejoindre Ramali au pied de la face ainsi que 3 heures de marche tranquille pour regagner camp Catta.
 






Commentaire(s) (1)

Commentaires

luc @ 08.12.2008 09:13 CET
Ce site est trés bien. Apronfondissez juste sur la liste des longueurs de la voie sinon c pas mal...

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